Maïssa Bey, à Sidi-Bel-Abbès
Février 2008


Nous n'avons pas attendu d'avoir lu plusieurs de ses livres pour songer à l'inviter à partager notre regard sur l'Algérie.
Car Maïssa Bey est une femme, qui écrit en français mais vit en Algérie, et qui parle du passé avec une remarquable équité. Avec une intensité incroyable mais toujours contenue, elle parle de l'histoire douloureuse, de notre histoire commune, avec pudeur et discernement, malgré les souffrances. "Je suis une séquelle de la colonisation" dit-elle.
En la rencontrant chez elle, à Sidi-Bel-Abbès, nous nous découvrons les mêmes désirs de partage et de fraternité. Son texte, « N’es-tu pas l’oasis où je rêve ? », exceptionnellement écrit pour ce livre et qui complète avec générosité notre regard sur ce pays, est un tableau intimiste et touchant de l'univers des femmes algériennes, que seule l'une d'entre elles pouvait si délicatement dévoiler.

Texte inséré dans un petit carnet en fin du chapitre 2 du livre
EXTRAIT...
" N'es tu pas l'oasis où je rêve? "
Lieux et femmes, lieux de femmes


Au seuil de la page, me revient, précis, obstiné, le souvenir des temps insoucieux et vagabonds. Les temps où mon désir d'ailleurs me menait à la découverte de notre pays. Des paysages, des visages, des images, des voix, des regards multiples peuplent d'ombres le vif de ma mémoire et se pressent au bout de mes doigts, impatients de retrouver le lumière.

D'abord cet instantané. Pourquoi d'abord celui-ci? Je ne sais. C'était à N'gouça, un de ces villages du Sud que le soleil tient à sa merci, un vieux ksar poussé hors du temps par une ville nouvelle, Ouargla, et où, il y a bien longtemps, j'ai fait une longue escale. Alors que je déambulais au gré de ruelles tortueuses apparement désertées, des femmes sont apparues au détour d'une rue. Précédées de quelques chèvres, trois jeunes femmes, enveloppées dans ces larges étoffes fleuries drapées autour du corps à la manière d'une toge romaine, retenues aux épaules par des fibules d'argent, et que l'on appelle là-bas malh'fa. Elles ont surgit, à mes yeux éblouis, dans un charivari de couleurs vives et de rires. Elles avaient, me semble-t-il aujourd'hui, dans l'embellie de ma mémoire, la gracilité et l'agilité de leurs chèvres, maigre troupeau qu'elles menaient sans doute à la palmeraie. Et leur regard, mi-curieux, mi-amusé, s'est arrêté un instant sur moi, sur mes bras nus, sur mes jambes largement découvertes par une minijupe, emblème de mon émancipation. J'avais tout juste vingt ans.
...



L'association Paroles et Écritures



L'association qui compte 19 membres, et dont Maïsa Bey est la présidente, à été fondée en 2000 et à permis la création d'une bibliothèque qui donne l'accès aux livres à tous les habitants de Sidi-Bel-Abbès.


Si vous désirez en savoir plus et soutenir l'association qui poursuit son action culturelle et sociale grâce aux dons :

Bibliothèque Paroles et Écritures
Association culturelle de femmes en Méditerranée

53, avenue Aissat-Idir
Sidi-Bel-Abbès 22 000

Tél. + 00213 (0) 48 54 60 13

E-mail : taleb_km@yahoo.fr

BIO

Née au sud d’Alger, Maïssa Bey enseigne le français à Sidi-Bel-Abbès, dans l’ouest algérien, et est l’auteur de nombreux récits, dont Nouvelles d’Algérie (Grand prix de la Nouvelle de la Société des gens de lettres), Cette fille-là (L’Aube, 2001, prix Marguerite-Audoux), Bleu, blanc, vert (Points Seuil, 2008), et Pierre Sang Papier ou Cendre (L’Aube, 2008).
Elle est également la présidente de l’association de femmes algériennes « Paroles et écritures ».




© Reno Marca - Textes et images - Reproduction interdite